בס״ד

Avec l'aimable autorisation de Rav David SETTBON, extrait de son ouvrage 'Alé Hadas.

 

Eloul et Roch Hachana

 

12.   Le Talmud recommande à deux reprises1 de manger le soir de Roch Hachana cinq aliments en guise d'espoir que l'année soit heureuse et bénie : courge, roubia2, poireau, blettes, dattes. Et Rachi d'expliquer que ces produits constituent un bon présage parce qu'ils présentent la caractéristique de croître particulièrement vite. Toutefois, les diverses communautés juives ont pris une certaine marge de liberté vis-à-vis de la liste établie par la Guémara, et se sont permis d'y ajouter et d'en retrancher plusieurs aliments. Par ailleurs, l'habitude s'est instaurée de dire sur chaque aliment une prière (Yéhi Raçone), où le nom même de l'aliment évoque l'objet de la requête.
Le minhag de Tunis en la matière est consigné dans la célèbre « feuille de miel » (ouarkat el'assel). Il s'agit d'un feuillet édité chaque année (depuis environ 1900) à l'approche de Tichri et qui comprend : un calendrier hébraïque, le kiddouch de Roch Hachana, les dates de visite au cimetière, les dates des tékoufot. A une époque, y figuraient aussi les deux piyoutim particuliers des hocha'not (voir infra chap. 11 §12 ) ainsi que le chant Chem el Kamti Lévareh de Kipour. Voici donc la liste d'aliments à déguster à Roch Hachana selon ouarkat el'assel, avec les prières correspondantes : feuille de miel tunisienne
 
Ajoutons à présent quelques précisions :
L'ancienne coutume était d'intercaler ce séder entre le kiddouch et la nétilat yadayim.Certains rabbins ont continué à procéder de la sorte, par exemple le Grand rabbin de Tunis rebbi Fradji Uzan.C'était également le minhag des autres communautés d'Afrique du Nord : Algérie3 et Maroc4.
Cependant certains rabbins tunisiens ont par la suite préféré encourager les fidèles à procéder d'abord à nétilat yadayim et moçi, avant de consommer ces fruits5.
 
La figue et l'ail ne sont certes pas cités par le Talmud, mais les sont par les richonim. Le Ma'hzor Vitry par exemple affirme que la coutume des villes de Provence est de consommer des figues le soir de Roch Hachana. De même le Sefer Hamahig mentionne explicitement l'ail.
 
La datte – pourtant mentionnée dans le Talmud – ne fait pas partie du séder du premier soir de Roch Hachana. On a l'habitude de la réserver pour le second soir, afin que la bénédiction de chéhé'héyanou du kiddouch s'applique aussi à ce fruit ( il existe en effet un doute sur la nécessité de répéter chéhé'héyanou dans le kiddouch du deuxième soir de Roch Hachana ).
 
Le poisson est effectivement consommé dans la majorité des familles tunisoises, conformément à l'opinion de rebbi David Aboudarham et de rebbi 'Haïm Vital.
Toutefois, la communauté djerbienne, ainsi que quelques familles tunisoises boudent le poisson ce soir-là.Sans doute est-ce dû aux paroles du Rachbaç d'Alger,
qui conseilla de l'écarter du menu de Roch Hachana, car le mot דג ( poisson en hébreu ) s'écrit parfois dans la bible דאג, comme dans Né'hémia (13,16),
ce qui en fait un quasi homonyme du mot דאג ( dahag – s'inquiéter).
 
Conformément à l'opinion du rav 'Hida6, nous procédons à ce séder aussi le deuxième soir de Roch Hachana.
En revanche nous n'avons pas adopté l'avis du Ben Ich 'Haï7 qui préconise de le répéter au deux déjeuners de Roch Hachana.
 
Rappelons enfin que notre coutume est de tremper le moçi dans le sucre et non dans le sel.

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1 Kérétot 6a, Horayot 12a.
2 Les commentateurs sont divisés sur la nature de roubia. Certains l'identifient au fenugrec, d'autre au haricot blanc. Une troisième opinion pense qu'il s'agit du sésame – position retenue par le rite tunisien.
3 En tous cas dans la ville de Guardaïa ( Wayika'h Amram ).
4 Mayim 'Hayim ( vol. 1 §241) de rebbi Yossef Messas.
5 En effet, tout aliment consommé juste avant une sé'ouda de pain pose un délicat problème halakhique: s'il est évident que la bénédiction initiale doit être récitée, qu'en est-il de la bénédiction finale? Est-elle également requise ( comme semble le penser rebbi Yiç'hak Taïeb dans 'Erekh Hachoul'hane §174 et rebbi Yéhouda Cohen dans Ma'yané Yéchou'a §174 )? Ou peut-être est-elle rendue superflue par le birkat hamazone que l'on récitera à l'issue du repas ? Cette question se pose fréquemment, par exemple dans le cadre d'un apéritif que l'on sert à ses invités avant de passer à table. En tout cas, concernant le séder de Roch Hachana, de nombreuses familles tunisiennes choisirent d'éviter le problème en décalant la consommation des fruits après moçi. Ceci dispense de manière sûre de réciter la bénédiction finale.
6 Ma'hazik Bérakha 583,2.
7 Niçavim §4.

 

 

    25.  Le cérémonial du Tachlikh s'effectue dans l'après midi de Roch Hachana. Les femmes n'ont pas l'habitude d'y prendre part.

Si le premier jour de Roch Hachana tombe un Chabbat, le Tachlikh peut-il être récité ce jour,ou faut-il  le repousser au lendemain? Le Rav Yiç'hak Maghdora Cohen-Tanoudji,affirme (dans son ouvrage Bégued Tékhélet §24) qu'à l'époque où il était Grand rabbin de Tunis (il y a plus de cent cinquante ans) , l'usage était de toujours réciter Tachlikh le premier jour,même si celui-ci était un Chabbat. Soixante-dix ans plus tard, la situation avait évolué : rebbi Moché Sitruk (dans Yachiv Moché vol.1 §157 ) nous informe que les différentes  yéchivot de Tunis étaient en désaccord sur ce point et que la coutume n'était pas uniforme. Néanmoins, à une époque plus récente (à partir de 1940 environ) toutes les communautés de Tunis se mirent d'accord pour ne plus réciter Tachlikh à Chabbat. Ce revirement s'explique par le fait que le 'érouv naturel constitué par les murailles de la ville fut détruit à cette époque. Maintenir le Tachlikh Chabbat risquait fort de provoquer le transport de siddourim dans le domaine public, d'autant plus que la coutume était de se déplacer pour la circonstance jusqu'à un lac ou un puit.